La passion d’Amina, c’est la musique. Elle a une voix d’ange mais bien trop le trac pour oser chanter un solo devant toute l’école. Malgré les encouragements de sa meilleure amie Soo-Jin, elle préfère rester dans l’ombre. Mais depuis qu’elles sont entrées en sixième, quelque chose a changé. Voilà que Soo-Jin se met à vouloir un prénom américain et à devenir copine avec cette peste d’Emily ! Sans compter que la venue de l’oncle d’Amina du Pakistan remet en question le mode de vie familial… À douze ans il est parfois difficile de trouver sa voie.

TW : micro-agression, racisme, islamophobie


Ce que ne nous dit pas le résumé c’est qu’Amina est une jeune fille pakistanaise-américaine de confession musulmane qui va se retrouver confrontée à son identité et à plein de questionnements. En effet, celle-ci va devoir s’adapter à un nouvel environnement et elle va être en proie au doute. Sa meilleure amie Soo-Jin fait elle aussi face à de nouveaux changements et Amina se demande si ce passage au collège implique un bouleversement total de ce qu’elles étaient avant et de leur amitié.

J’ai trouvé très réaliste les réflexions et la construction du personnage d’Amina car celle-ci va être confrontée à des problématiques par lesquelles nous sommes tous passés. En effet, la période du collège est synonyme d’évolution de nos relations amicales mais avant tout d’un profond désordre émotionnel. Ainsi, Amina se questionne sur sa jalousie, elle se demande si elle est une bonne amie, si Soo-Jin va la laisser tomber. Mais ce n’est pas tout. Si les deux collégiennes sont si liées c’est également parce que ce sont les deux seules racisées du collège.

Etant moi-même racisée et musulmane, je me suis fortement identifiée à certaines scènes décrites par l’autrice qui montrent que ceux qui subissent le racisme en ont conscience dès le plus jeune âge et qu’ils se retrouvent démunis face à ça. Les remarques racistes les font se sentir différents parce qu’élevés dans un cadre non-occidental et vont parfois amener ces enfants à se demander s’ils ne sont pas le problème et s’ils ne doivent pas faire un effort pour s’adapter. L’autrice va d’ailleurs parfaitement le montrer car elle intègre la naturalisation de Soo-Jin et sa volonté de changer de prénom parce que le sien ne sonne pas assez américain. J’ai moi-même eu des remarques sur mon prénom, j’ai été anxieuse à chaque début d’année au moment où le professeur faisait l’appel car je savais qu’il allait l’écorcher, j’ai subi des moqueries quant à la prononciation de mon prénom et j’apprécie que l’autrice intègre à son histoire le fait que cela marque un enfant au point que celui-ci veuille changer ce pan de son identité.

Enfin, le point fort de ce récit est le fait que le personnage principal soit musulman et qu’on va voir évoluer Amina dans un cadre si souvent méconnu et caricaturé. Dès lors, celle-ci va à l’école du dimanche (une note de bas de page expliquera au lecteur que dans les pays anglo-saxons des cours d’instruction religieuse ont lieu le dimanche pour les enfants et les adultes de différentes confessions mais je tiens à rectifier cette information et à préciser que ces cours existent aussi en France), elle apprend le Coran, se questionne sur sa foi et va la comparer à celle de son oncle qui est présentée comme étant plus traditionnelle. J’ai été ravie de me reconnaître dans le livre, de voir certaines de mes propres réflexions à l’âge d’Amina mais également de voir que la communauté musulmane était illustrée comme soudée, multiculturelle et surtout comme bienveillante. Ce n’est pas étonnant quand on sait que l’autrice est elle-même musulmane mais le message adressé à son lectorat est un appel à la compréhension, à l’unité et à l’amitié. C’est à travers les yeux d’une enfant qu’elle montre que certains actes haineux ne viennent pas heurter que la communauté musulmane mais également l’entourage de toutes ces personnes et par conséquent la population entière. Cette partie du livre m’a énormément émue et j’ai versé quelques larmes face à la solidarité et l’amour retranscrits.

Je vais quand même finir en précisant que si ce livre est adapté à un lectorat jeunesse, il gagnerait également à être lu par les adultes. De plus, si je peux lui reprocher une chose c’est que l’intrigue est à mon sens trop rapide et que l’une des scènes du livre aurait gagnée à être introduite plus tôt mais j’imagine que le livre a été adapté au public visé. Enfin, je suis très heureuse que le livre ait été traduit mais je suis peinée de voir que la communication n’a pas suivi. Je conseille donc à ceux qui liront cet article de l’acheter et de lire !

quatre
maya