À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite d’une étrange commode dont les dix tiroirs sont peints aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle se souvient parfaitement de ce meuble qu’aucun membre de sa famille n’a jamais eu le droit d’approcher.


Quand sa Abuela décède, la narratrice (dont on ignore le nom) va enfin pouvoir lever le voile sur le passé de sa famille. Durant toute sa vie, elle n’a jamais eu l’autorisation d’ouvrir les tiroirs de cette drôle de commode. Sa grand-mère Rita lui offre son héritage sous formes de lettres et de secrets, parfois plus lourds que d’autres. Au fil des enveloppes, des bijoux et des foulards en couleurs, elle découvre alors qui elle est. Rita et ses soeurs ont fui l’Espagne sous la dictature de Franco et ont trouvé refuge en France, du côté de Narbonne. Rita va s’entourer alors de femmes fortes qui la berceront d’amour et l’aideront à forger son caractère : libre, indépendante, passionnée et travailleuse acharnée. Aux côtés de ces figures maternelles de subsitution, Rita cherche l’équilibre entre l’intégration parfaite et l’amour de ses origines. Elle se révèle à son tour dans le rôle de sa vie, celui de la mama qui prend soin de son entourage, le baignant d’amour, de tendresse, et de bienveillance. L’histoire de Rita a été bien enfouie et elle a tu ses malheurs et ses aventures toute sa vie. Voyant la maladie l’emporter, elle a conscieusement posé ses mémoires dans ces lettres, enfermées dans des tirois de couleurs, en espérant que deux générations plus tard, sa petite-fille comprenne son histoire, qui est aussi la sienne. 

Olivia Ruiz signe son premier roman d’une main aussi délicate qu’assurée. La quatrième de couverture l’annonce : cette histoire est un peu la sienne en version fantasmée. Trois grands-parents de l’auteure ont fui cette époque sombre de l’Espagne et ont gardé le silence sur leur passé. N’ayant pas eu les réponses qu’elle attendait, Olivia Ruiz tente de fabriquer les siennes. De ce silence, elle s’inspire pour composer une autre vérité et briser le mur érigié par les années et la bienséance d’une autre époque. L’auto-fiction rend le récit puissant d’émotions. Elle comble ainsi le vide laissé dans le coeur de ces enfants d’immigrés qui peuplent la France d’aujourd’hui, fruits d’un métissage méditerranéen. Une ou deux générations plus tard, certain.e.s peuvent imaginer leur propre famille à la place de Rita et se laisser baigner par cette atmosphère si particulière, comprendre ce doux dilème entre un déracinement non désiré et le maintien de valeurs, de traditions et de coutumes d’un ailleurs pas si lointain. L’auteur d’offre un aperçu possible du passé à tout un peuple en demande de réponses : savoir d’ou l’on vient pour comprendre qui l’on est. Si le lecteur partage le même bagage familial, l’émoi sera au rendez-vous, et Rita devient la grand-mère espagnole que la France connait : autant attachante que secrète. L’auteure devrait être chaudement remerciée pour avoir osé proposer une réponse parmi tant d’autres, qui peut siet à des milliers de personnes.

Olivia Ruiz rêvet son costume de romancière pour la première fois et c’est un défi merveilleusement relevé. La lecture est touchante et boulersante, baignée de soleil, d’amour et d’intensité. Aucune fausse note ne vient entâcher ce récit chantant. Si le sang rouge ne coule dans les veines du lecteur, il sentira ce parfum épicé espagnol lui picoter agréablement le coeur.

elodie