Charlotte Salomon est une jeune femme allemande, juive, peintre. Avant même sa naissance, son prénom est porteur de malheur ; son enfance est troublée par un drame familial, et elle grandit en même temps que le nazisme, à cause duquel elle se voit fermer peu à peu toutes les portes de la société. Fillette, ado, femme, Charlotte sera triste, muette, amoureuse, artiste, dévastée, pleine d’espérance, puis morte, à vingt-six ans, enceinte, à Auschwitz. Pressentant le danger, elle peint sa vie, son autobiographie et la confie à son médecin, à qui elle dira « C’est toute ma vie ».


Foenkinos s’inspire très largement de cette oeuvre autobiographique « Vie ? Ou théâtre » pour rédiger Charlotte, son livre le plus réussi selon moi. Ecrit sous forme de vers libres, il nous immerge totalement dans la vie de Charlotte, que l’on suit de sa naissance à sa mort, et qui nous inspire tour à tour peine, espoir, nostalgie, inspiration. C’est un récit difficile, poignant et poétique, évidemment. La forme du récit, les vers, ajoute indéniablement au charme du texte.

Si le récit est beau, il n’en est pas moins tragique. Charlotte a eu une vie difficile, a été élevée dans la tristesse et la perte, et le plus frappant, c’est que même s’ils sont romancés, les faits sont réels. Charlotte a vécu et est morte de la même façon que décrite dans le livre, et ça a quelque chose de touchant, d’horrible et d’intime à la fois. J’ai beaucoup apprécié d’être confrontée à la quête de vérité de Foenkinos, parfaitement obsédé par l’artiste juive, et de découvrir ses recherches au même titre que la vie de Charlotte.

J’ai trouvé ce récit réellement beau mais parfois difficile, il faut s’accrocher en se plongeant dedans, mais lorsqu’on y est, l’expérience poignante de lecture est assurée ; il est impossible d’être insensible en découvrant Charlotte, et moi j’ai découvert sa vie pendant qu’elle découvrait la sienne et j’ai trouvé ça édifiant.