Aster, 13 ans, a grandi dans une famille bien rangée ; les filles sont deviennent des sorcières, les garçons des métamorphes. Le problème, c’est que Aster n’a toujours pas trouvé sa forme, et d’ailleurs cela ne l’intéresse pas ; il rêve runes et sortilèges, il veut être une sorcière et apprendre des tas de choses. Pourtant, cela lui est impossible, il le sait et sa famille le lui répète toujours ; la sorcellerie, c’est pour les filles. Accablé mais ne perdant pas espoir, il espionne les cours de sorcellerie tout en souhaitant fort trouver sa forme afin qu’on lui lâche la grappe – mais le destin n’a pas dit son dernier mot, et lorsqu’un terrible danger frappe la famille, l’intérêt du garçon pour les sorts se révèle plutôt utile.

:rainbow_flag: Personnages secondaires gays

:fist_tone4: Personnages principaux et secondaires racisés


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Kinaye. Merci à Romain pour sa confiance.

Ai-je besoin de préciser que ce roman graphique a été un véritable coup de cœur ? Rien qu’à lire le résumé et regarder la couverture, j’étais certaine qu’il me plairait. Mais j’ai ressenti plus que ça encore. Le garçon sorcière est une histoire douce et bienveillante, plongée dans la magie et une famille intrigante et portée par des illustrations incroyablement mignonnes. J’ai apprécié chaque aspect de cette histoire ; le besoin, l’urgence d’Aster de ne pas rentrer dans le moule qui lui est imposé, son intérêt pour un destin qui n’est, au premier abord, pas censé être le sien. J’ai adoré m’immerger dans le monde surnaturel de cette famille, découvrir leur foyer attirant et leurs cours de sorcellerie, tout en gardant un pied dans le monde réel à travers le personnage de Charlie.

A mon sens, ce récit transmet des messages très importants et bienveillants ; notre différence ne fait pas de nous des personnes bizarres, anormales. Nous ne devons pas rentrer dans un moule spécifique. Arrêtons de poser des étiquettes. Arrêtons de perpétuer des traditions qui peuvent se révéler nocives et pas en adéquation avec les besoins et envies des nouvelles générations. Aster est un personnage que j’ai trouvé très courageux ; il n’a pas renoncé à son attraction pour la sorcellerie, alors même que toute sa famille lui mettait la pression pour qu’il trouve sa forme et se métamorphose. J’ai également été touchée par les valeurs amicales et familiales transmises ; si au premier abord on peut trouver la famille d’Aster rude et peu conciliante, on comprend au fur et à mesure qu’ils ont traversé une épreuve difficile qui a laissé des marques indélébiles dans leur rapport à la différence et à s’écarter des sentiers battus.

Loin d’être contemplatif, ce récit nous mène à travers une aventure pour Aster qui lui permettra de s’affirmer et de prouver ses capacités et sa détermination à s’assumer, et j’ai trouvé ça somme toute extrêmement apaisant, mignon, cocooning et adorable à lire. Je recommande à 100% ce livre à n’importe qui, à n’importe quelle tranche d’âge : les messages transmis sont universels et les illustrations feront fondre un flocon de neige. Le premier tome se termine sur un suspens qui nous donne indéniablement envie de plonger dans la suite des aventures d’Aster, ce que je ne manquerai pas de faire !

coup de coeurlauriane

Je n’avais pas vraiment eu l’occasion de lire des comics juste ici, et si celui-ci a un format particulier, je l’ai trouvé intéressant et innovant. L’ouvrage est grand, à couverture rigide, les graphismes sont sublimes et accrocheurs, et font rentrer immédiatement dans l’univers magique et contemporain du récit. Les couleurs sont travaillées mais restent simples. Chaudes lorsqu’Aster, le personnage principal est heureux, elles deviennent plus froides et tranchantes lorsque ses pensées sont plus sombres. Le trait est infiniment doux.Cela plaira particulièrement aux adeptes et curieux de magie et de sorcellerie, avec de nombreux éléments, runes, dialectes inventés…

Aster m’a beaucoup touchée, par sa volonté de faire ce qu’il aime malgré le regard et l’incompréhension des autres. Il veut être sorcier, mais seules les femmes peuvent l’être dans sa famille, les hommes sont eux metamorphes. Mais ce qu’il aime vraiment, c’est apprendre des sorts, et il va devoir braver bien des dangers pour le faire accepter. Sa famille est pleine d’amour mais très branchée tradition, avec des secrets de famille et des non-dits, sauf que cette construction blesse les plus jeunes. On évoque ainsi l’importance du pardon, de la remise en question, de la communication et d’évoluer avec son temps pour éviter le pire. L’ouvrage s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux adultes, à mettre entre toutes les mains. La différence que ressent Aster fait qu’il subit des moqueries même dans sa famille et qu’on en vient à se méfier de lui alors qu’il souhaite simplement être qui il est. 

C’est une ode sublime à la tolérance, avec de la diversité chez les personnages qui sont de couleur, une famille homoparentale, un handicap évoqué, tout cela naturellement et sans poser de questions. Aster rencontre Charlie durant ses aventures, une fille humaine aux apparences et passions plutôt garçonnes, qui va l’aider à grandir et à prendre des décisions pour sa vie et son bonheur sans se soucier du regard des autres. Ils s’entraident facilement et dépassent tous les préjugés. On a une totale déconstruction des clichés de genre, une dénonciation du conditionnement de la société qui se mêle parfaitement à une atmosphère profondément magique.

On suit également le cheminement d’un jeune homme perdu, qui a peur de mal faire et de perdre la confiance des siens, mais qui d’un côté, sent que ce n’est pas normal et qu’il ne devrait pas être traité comme ça car il est différent. Il va avoir la tentation de passer du côté obscur de la force, car à force d’être mal dans sa peau et incompris, c’est malheureusement le chemin que beaucoup empruntent… Mais son caractère est mature, réfléchi, émotif également, il parait vrai et entier. Le personnage de la grand-mère m’a beaucoup touchée car elle reconnait son erreur et comprend qu’il ne faut pas reproduire les vieilles croyances. Ce sont parfois les plus âgés qui ont une ouverture d’esprit plus grande et qui montrent la voie de la tolérance aux autres.  

coup de coeurgraziella