Corée du Sud, années 1930. Sur l’île de Jeju, la plongée et la pêche sous-marine rythment le quotidien des femmes. Dans cette société matrifocale, les haenyeo travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille pendant que les hommes s’occupent des enfants. Unies par leur amour de la mer, Mi-Ja et Young-sook, deux filles aux caractères opposés, aspirent à prendre la relève de leurs aînées. Au fil des ans, elles nouent une amitié profonde jusqu’à se considérer comme sœurs. Mais alors que la Seconde Guerre mondiale ébranle l’île, les premières dissensions apparaissent…

✊🏽 Personnages asiatiques


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec Pygmalion. Merci à Julie pour sa confiance.

L’île des femmes de la mer de Lisa See est un roman éminemment intéressant qui permet de nous pencher sur une histoire peu mise en avant par la culture occidentale : celle de la Corée du Sud. Mais, plus spécifiquement de l’île de Jeju, qui est une des seules sociétés matrifocales du monde. En lisant le résumé, j’avoue avoir confondu dans ma tête le terme « matrifocale » avec le « matriarcat », or, il s’agit de deux choses différentes. Dans une société matriarcale, ce sont les femmes qui sont majoritairement au pouvoir, qui ont la plupart des postes importants, en outre, il s’agit de l’inverse du patriarcat. Les sociétés matrifocales sont très différentes : les femmes ne sont pas les figures les plus importantes de la société, toutefois, il s’agit de celles qui ont l’autorité sur la sphère domestique. La famille est directement fondée autour de la femme. D’un autre côté, la femme doit donc ramener de l’argent, tandis que l’homme est amené à garder les enfants et à laisser son travail de côté jusqu’à l’âge avancé de l’enfant. On voit très bien dans L’île des femmes de la mer que la femme n’est pas pour autant avantagée. Les filles ne vont pas à l’école, ce sont seulement les garçons qui reçoivent une instruction. Le seul travail qu’elles peuvent effectuer sur l’île, c’est la plongée : les femmes doivent devenir des haenyeo.

D’un côté, par conséquent, ce roman nous permet de découvrir une autre culture et une société très différente de la nôtre. Il est important de mettre en avant des structures familiales différentes de ce que l’on connaît en Occident pour découvrir toutes les différences en fonction de l’histoire de chaque pays. Mais l’île des femmes de la mer, c’est aussi un récit d’amitié, émanant d’un monde où la cohésion sociale est vivement mise en avant. Nous suivons Young-Sook et son amie Mi-ja tout au long du XXe siècle, en fonction de leur âge et de leur évolution. On aime suivre leur évolution, leurs bêtises lors de leur enfance, et ensuite, tout ce qu’elles doivent traverser à l’âge adulte, notamment avec la Seconde Guerre mondiale… On suit en même temps l’histoire de la Corée, en-dehors de l’île matrifocale, la présence des japonais et tout ce que la guerre inclue. D’un autre côté, le sexisme environnant la vie des jeunes femmes nous permet d’observer que les sociétés matrifocales ne sont pas forcément matriarcales. Les deux jeunes femmes sont mariées de force et ne peuvent pas vivre leur vie comme elles le veulent car elles restent des femmes dans une société aux pans patriarcaux.

L’écriture de Lisa See est quant à elle mémorable, car à travers l’histoire d’une vie, on découvre une histoire si intéressante, importante, et qui nous sort de nos carcans occidentaux. D’autres ouvrages traitent de ce sujet, mais aussi, différents reportages, et si l’Histoire vous intéresse, je vous recommande vraiment de vous pencher sur le sujet. Bien que l’histoire de Young-Sook et de Mi-ja soit romancée, on capte tous les détails historiques derrière leurs parcelles de vie. On nous montre aussi la manière dont les femmes sont utilisées comme des véritables outils de vengeance durant la guerre : comme dans toutes aires continentales, elles sont souvent souillées, humiliées, par les ennemis, et, d’un autre côté, mises de côtés par leurs gouvernements. Un récit important, aux sujets multiples.

lolita