« Et si, une fois par an, deux jeunes gens passaient du statut de pauvres humains à celui de Dieux immortels ? Et si, une fois par an, deux Vulnérables, destinés à une vie monotone et brève, rejoignaient le clan de ceux qui possèdent le plus grand des privilèges : le temps ? » En 2105, il n’existe plus que deux classes sociales : les Lastings – des privilégiés qui à l’adolescence reçoivent un sérum leur permettant de vivre 400 ans – et les Vulnérables, les citoyens ordinaires. Une fois par an, un grand concours est organisé pour permettre à de jeunes Vulnérables de recevoir le précieux sérum. Les épreuves portent sur leurs capacités cérébrales. Contre l’avis de sa mère, la jeune Sophia décide de participer, mais elle est bientôt assaillie par des visions troublantes qui semblent surgir d’une époque taboue pour le gouvernement mondial : les années 2000. Pour survivre, Sophia va devoir choisir entre l’oubli et la mémoire. Une dystopie sur le thème de la mémoire et de la manipulation. Une héroïne touchante qui entre en rébellion contre un système oppressant.

:rainbow_flag: Personnages secondaires LGBT


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Auzou. Merci à Emmanuelle pour sa confiance.

Ce livre est une dystopie qui présente un système binaire avec les puissants et riches représentés par les Lasting et les serviteurs les Vulnérables. Lorsque les 16 ans des Vulnérables arrivent, ils peuvent alors prétendre à un concours afin de recevoir un sérum qui prolongera leur vie comme celles des Lasting. L’héroïne Sophia reste accrochée à son amie Lasting coûte que coûte, elle l’écoute même pour passer ce concours jusqu’à rogner les droits de sa mère. L’évolution de Sophia tout au long du livre est très intéressante, malgré le fait qu’elle soit perçue et montrée comme une ignorante, ce qui est répété plusieurs fois au cours du récit. Pourquoi ne pas simplement lui expliquer au lieu de renvoyer dans ses dents le fait que Sophia ne sait rien du tout de ce qu’il se passe ? 

Elle tente d’aider la cause en ayant un intérêt pour 2015, avec l’attentat de Charlie Hebdo, mais se retrouve en difficulté quand elle essaye de récupérer des informations sur le passé. Pour la société actuelle, c’est désormais un tabou d’enquêter sur leur passé. Sophia a un virus qui petit à petit lui fait oublier des choses, la mettant même en danger pour sa santé. Son virus a la forme d’un Space Invader, comme les petites mosaïques qui sont sur des murs et des endroits à Paris. 

Certains personnages sont mystérieux et l’autrice ne creuse pas vers eux. Ce qui est dommage puisque certains d’entre eux méritaient d’avoir un peu plus de place. Toutefois, la romance n’était pas obligatoire, elle en était presque superficielle… Dans l’ensemble, ce livre est un très bon page turner qui ouvre les yeux sur les problèmes de société actuels. Il parle de sujets qui inquiètent tout le monde comme l’oubli, le temps mais surtout le réchauffement climatique qui arrive plus vite que les prévisions des scientifiques. C’est un récit qui peut faire ouvrir les yeux à tout le monde sur les catastrophes actuelles et potentiellement futures. Énormément de questions qui se posent sur le passé, le présent et le futur… Que va t-il se passer pour la Terre et les différentes sociétés ?

quatre
julie

En commençant ce livre, j’avais peur que ce ne soit encore qu’une dystopie peu originale avec deux castes, l’une disposant de bien plus de pouvoir que l’autre. Si le schéma de base manque en effet d’originalité, l’autrice a su apporter de nouveaux éléments, des réflexions très profondes et des personnages touchants et peu communs. Sophia n’est pas une grande révolutionnaire, est même vue comme un personnage un peu niais à qui l’on doit tout apprendre. Son évolution n’en est que plus intéressante et tout à fait probable et mesurée. J’ai apprécié rentrer dans son esprit de cette manière, elle se remet en question avec beaucoup d’humanité, sans se plaindre de sa condition pourtant difficile. Cela faisait longtemps que je n’avais pas croisé un personnage si attachant et c’est ce qui fait la force du roman.

L’autrice utilise la position des Lastings, qui peuvent vivre près de 400 ans grâce à un sérum, pour évoquer l’immortalité et le passage du temps sur les mémoires. Le lecteur a ainsi l’occasion de réfléchir sur l’avenir et de se remettre en question sur ses positions actuelles. L’aspect médical est également très intéressant, avec cette idée de vaccin universel et de bactéries dans le cerveau. Celle qui touche Sophia est si particulière que l’on apprend avec le personnage à la connaitre et à l’appréhender. Toute la partie au sein du groupe de résistants m’a beaucoup plu, car elle nous offre un havre de paix écologique et bienveillant au milieu d’une société toujours plus inégalitaire. Pourtant, je me suis fait la remarque que les Vulnérables étaient mieux lotis que beaucoup de « pauvres » dans les dystopies, au fond, vivre 100 ans, est-ce que ce n’est déjà pas suffisant ? Le Slamb, sorte de concours pour gagner le fameux sérum était intéressant à suivre dans sa réflexion sur les émotions.

Je regrette en revanche une fin trop rapide, où les actions se bousculent dans un temps trop court. Cela donne l’impression qu’il manque des révélations importantes et donne un goût d’inachevé, notamment car le sort de personnages importants est laissé flou. Le but de toute cette épopée à travers la mémoire et le temps parait un peu léger au final, il manque de retournements de situation saisissants et d’une volonté politique plus marquée. Certains passages auraient gagnés à être un peu raccourcis de ce fait. Cependant, l’ensemble est vraiment convainquant, et résonne tout particulièrement avec la période actuelle. Nous sombrons nous-même peu à peu dans une dystopie, avec des catastrophes climatiques à venir et des gouvernements qui cachent les erreurs du passé sous le tapis. C’est cet aspect et l’importance de la mémoire collective qui m’ont particulièrement émue et touchée, tant ils sont écrits avec poésie et force à la fois.

cinqgraziella