Som-Som est vendue par sa mère à la Maison sans Horloges de Liavek. Elle va être soumise au Silence et porter le Masque brisé qui la destine à devenir l’amante des magiciens et la gardienne de leurs secrets. Isolée par son incapacité à communiquer, elle va alors assister à l’histoire d’amour violente et cruelle entre Foral Yat et Raura Chin, deux comédiens qui résident avec elle dans la Maison sans Horloges. 

TW : prostitution / viol – pour public averti

:rainbow_flag: Personnage secondaire androgyne


Chronique réalisée en tout honnêteté suite à un partenariat avec les éditions ActuSF. Merci à Jérôme pour sa confiance.

Entre récit poétique et réflexion philosophique

Le récit d’Alan Moore, illustré par le coup de crayon de Cindy Canévet, nous plonge au coeur d’un récit assez énigmatique où la poésie de la plume et des dessins viennent souligner une réflexion plus personnelle et philosophique sur le rapport au corps, à l’autre mais aussi le rapport à la sexualité. L’hypothèse du lézard nous plonge au coeur d’une maison close qui propose des services et des expériences uniques à ses clients : onirisme, réalisme, magie… Oui, la Maison sans Horloges a une certaine renommée. Som-Som y est pensionnaire depuis que sa mère l’a abandonné… Jusque-là restée dans l’innocence, Som-Som est choisie pour porter le Masque brisé et, ainsi, subir une lourde opération chirurgicale qui va impacter ses capacités cognitives et sensorielles. Som-Som, devenue muette, voit les choses sans pour autant pouvoir les saisir tout à fait, parler, échanger… Gardienne des secrets et amante des magiciens, la jeune femme voit le monde extérieur évoluer la laissant dans un silence profond et absolu.

Une plume déroutante et particulière

Découvrir ce récit m’a particulièrement dérouté. La plume de l’auteur me laisse un sentiment assez étrange et j’ai encore un peu de mal à bien cerner les attentes et les révélations de ce récit. Alan Moore nous propose un récit réflexif sur le temps qui passe mais aussi sur le rapport au corps et à autrui. L’aspect sexuel est une partie à part-entière de ce récit, cependant dans la manière dont tout est relaté, j’ai vraiment eu la sensation d’être mise à distance en tant que lectrice. Nous voyons tout au travers du regard de Som-Som, notamment l’histoire d’amour entre deux protagonistes secondaires. Or, ce regard tend à rendre ce récit impersonnel et ne permet pas au lecteur de totalement se projeter dans les personnages. C’est un récit qui bouscule et qui donne à réfléchir, réflexion encouragée par les sublimes illustrations de Cindy Canévet. Chacune parvient à capturer un moment précis de l’histoire !

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lilie

L’hypothèse du lézard est paru chez ActuSF en mai 2020, toutefois, il s’agit d’une réédition illustrée de la nouvelle d’Alan Moore de 1987 – à qui l’on doit de nombreuses bande-dessinées connues (V pour Vendetta, Batman…). Ce contexte posé, observons le récit ainsi livré. L’intrigue suit Som-Som, enfant puis adulte, qui a une forte particularité physique : la moitié de son visage est fait de porcelaine. Ses capacités psychomotrices en sont ainsi affectées et, restant tout le long dans la Maison sans Horloges, un lieu de prostitution, Som-Som va nous décrire ses perceptions en restant dans un flou catégorique et onirique. Elle ne comprend pas tout ce qu’elle voit, et le récit prend le partie de s’intéresser à son point de vue.

L’ambiance en est alors très étrange, pesante même, et parfois, malheureusement, incompréhensible pour le lecteur. C’est probablement le souhait de l’auteur, toutefois, je n’ai pu m’empêcher d’être déçue face à ce point puisque le récit ne nous laisse pas le temps de comprendre, il s’agissait d’une longue nouvelle, certes, mais l’oeuvre ne fait que 286 pages, avec des illustrations, et, en majorité, des articles. Ces dernières sont par ailleurs très belles, rendant compte du caractère onirique et fantasmagorique de l’oeuvre. L’histoire prend aussi place autour d’un drame amoureux, mais il reste finalement assez basique et ne m’a pas amenée à percevoir des messages, des sens cachés, ou, du moins, je n’ai pas compris le but de l’auteur. En outre, ce récit ne m’a pas conquise.

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lolita