Carmen, 16 ans, est bisexuelle, n’a plus de grand-père, un père aux abonnés absents, est en plein décrochage scolaire, a deux meilleurs amis fabuleux, un crush sur une fille inaccessible qu’elle ne peut pas avouer car allez avouer votre bisexualité quand vous vivez dans un petit bled où tout le monde se connait ? Et en plus, elle a rendez-vous chez le dentiste. Vous connaissez quelqu’un qui a une vie pire que ça, vous ? Elevée depuis toujours par ses grands-parents, l’adolescente a du mal à surmonter la perte de son papi. Alors quand un secret de famille bien enfoui surgit et met en péril la stabilité de sa famille, Carmen a une façon bien à elle de réagir aux évènements… et à vous de le découvrir à travers cette autobiographie haute en couleurs.

TW : relation majeur-mineure, deuil, tentative d’attouchement

:rainbow_flag: Personnage principal bisexuelle


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec Syros. Merci à Véronique pour sa confiance.

Bon, parlons peu, parlons bien : ce livre est super. C’est du miel en pot, je l’ai adoré, je l’ai dégusté, je l’ai dévoré. Maïté Bernard nous offre un portrait social, d’une jeunesse étouffée ; habitant dans un petit village au cœur d’une station de ski, là où tout le monde se connait et on ne peut être soi-même de peur d’être observé, scruté, jugé, Carmen se sait bisexuelle et voudrait vraiment rencontrer une fille avec qui vivre sa première histoire. On la suit donc dans un cheminement en constante évolution vers qui elle est, comment elle se sent vis-à-vis des autres et comment elle s’assume. Non seulement c’est super important et intéressant d’avoir ce point de vue et ce ressenti, qui permet à beaucoup de personnes d’être représenté et d’enfin retrouver des personnages de livre qui leur ressemble ; mais ce que vit Carmen est criant de vérité. Hétéro, bi, gay, pan, trans ; peu importe notre sexualité, on se retrouvera dans cette jeune femme qui est à un tournant de sa vie qui définira coûte que coûte le reste de son existence.

A travers des moments de mou (chaleur du lit, série Netflix, chocolat chaud), de spontanéité (virée nocturne illégale), d’amitiés touchantes, Carmen affronte son destin de la façon la plus naturelle qu’il soit ; comme nous, c’est-à-dire, comme elle vient. Mené d’une simplicité frappante, d’un réalisme touchant, le récit nous conduit et nous prend au cœur. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour nos personnages, si bien dessinés et développés. Impossible de ne pas pouffer de rire et verser notre petite larme à la fin. J’ai adoré cette représentation si juste de l’adolescent.e bisexuel.le, qui le sait, qui se l’assume mais n’est pas prêt à en parler autour de lui/elle car iel est conscient.e du monde qui l’entoure et de la société dans laquelle iel vit. On sort totalement du cliché du bisexuel qui se cherche (même si, à sa façon, Carmen se cherche aussi) et on entre dans le monde d’une jeune fille qui essaie de trouver un moyen de parler de sa bisexualité tout en découvrant cet aspect d’elle-même.

J’ai beaucoup aimé également la maturité de Carmen, la façon dont elle est consciente de ses erreurs, même si parfois elle manque (à mon sens) d’un brin de jugeote ; notamment lorsqu’elle s’embarque dans une relation amoureuse avec un homme policier qui a 9 ans de plus qu’elle… Ce n’est jamais réellement dénoncé dans le livre même si c’est tout à fait anormal ; l’homme sait que c’est mal, mais ce n’est pas pour ça qu’il la quitte. C’est un aspect qui m’a un peu dérangée, même si j’ai essayé de comprendre, en me disant que l’autrice voulait peut-être nous montrer qu’il est possible de tomber amoureux de n’importe qui et que l’on ne contrôle pas ça. Pour autant, c’est un point qui m’a mise mal à l’aise. Ce livre reste une très bonne lecture (qui contient tout de même de petites maladresses), qui m’a permis de me sentir représentée tout en plongeant dans le quotidien normal et bariolé d’une jeune fille, qui fait des erreurs et de très bons choix.

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