« Mon père, James Witherspoon, est bigame. » C’est par cette confession percutante que Dana Lynn Yarboro débute le récit d’une enfance pas comme les autres au sein de la communauté afro-américaine d’Atlanta, dans les années 1980. Bien que née quatre mois avant sa demi-sœur, Chaurisse, Dana est pourtant l’enfant illégitime, fruit d’une union illicite.L’une est un secret à qui James rend visite une fois par semaine tandis que l’autre mène une vie stable auprès de ses deux parents, inconsciente de son privilège. L’une sait, l’autre pas. Et lorsque leurs chemins respectifs finissent par se croiser, Dana laisse faire et assiste, impuissante, à la naissance d’une amitié pourtant vouée à exploser.

:fist_tone4: Cast de personnages afro-américains

📣 Autrice ownvoice


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Presses de la cité. Merci à Mona pour sa confiance.

Je me suis lancée dans ce roman un peu à tâtons, sans savoir dans quoi je m’embarquais et une chose m’a immédiatement séduite : la plume de l’auteure, à laquelle j’ai d’emblée accroché et qui a été magnifiquement traduite. Pour moi, ça a été le premier des nombreux points forts de cet ouvrage. Il permet une immersion rapide dans cette histoire. La première moitié du roman est racontée du point de vue de l’ « enfant illégitime », Dana, et la deuxième du point de vue de sa demi-sœur Chaurisse. Cette ambivalence de narration m’a semblée extrêmement pertinente et bien exploitée. L’auteure met en parallèle un même récit sous deux regards pratiquement opposés, et les réflexions des deux adolescentes mettent clairement en avant ces oppositions. Par exemple, l’une et l’autre ont des pensées et réactions très différentes au sujet de leur père ; l’une l’adule comme une idole, l’autre le considère simplement comme une constante dans sa vie.

Au-delà de la thématique de la famille et de cette dénonciation de la bigamie, c’est également un roman qui place des personnages Noirs au cœur d’une Amérique des années 80. Il nous parle ainsi de racisme, de droits civiques et de l’émancipation de la femme. On remarque une forte remise en question du mode de vie de la population par rapport aux générations antérieures, et une réelle évolution dans les convictions des personnages (même si l’apparence physique reste un sujet délicat, et la grossophobie intériorisée présente). L’auteure nous présente également des amours maternels à toute épreuve qui soutiennent la grande importance donnée aux femmes dans cette histoire. Tayari Jones se fait ainsi porteuse d’une multitude de thématiques importantes à travers les pages de son roman.

La seule chose que je pourrais reprocher à cet ouvrage serait la temporalité du récit : quelques chapitres reviennent plusieurs années en arrière afin de définir le contexte de certains événements, mais ces bonds dans le temps inopinés avaient le don de me perdre. Pour autant, ces éclaircissements étaient nécessaires au récit, mais j’aurais souhaité qu’ils soient plus explicités en début de chapitre. Ça n’enlève rien à l’excellent moment de lecture que j’ai passé avec ce roman, que je vous encourage vivement à découvrir à votre tour.

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amelie