Il faut avant tout savoir que les événements racontés dans ce roman sont vrais. Ils ont réellement eu lieu. Lorsque Inho arrive dans cette petite ville coréenne noyée dans le brouillard, il a un mauvais pressentiment. Il vient d’être nommé professeur dans une école privée et rien ne le destinait au combat qu’il va devoir y mener pour faire éclater la vérité. Ce que découvre rapidement Inho, c’est que les élèves de cette institution sont victimes de sévices et d’abus sexuels depuis plusieurs années, avec la complicité de membres de la police et des autorités locales. Ces enfants sont d’autant plus réduits au silence qu’ils sont atteints de surdité. Face à la puissance et au mépris de ceux qui détiennent le pouvoir, la solidarité, le courage, l’obstination seront-ils suffisants pour que justice soit rendue ?

TW : viols sur mineurs (descriptions détaillées), validisme, suicide, violences physiques et psychologiques, victime haming/blaming

✊🏾 Cast de personnages coréens, autrice coréenne 

♿ 🧠 Cast de personnages sourds, avec pour certains un retard mental


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Picquier. Merci à Isabelle pour sa confiance.

Les enfants du silence raconte l’histoire vraie, mais un peu romancée, de l’école Gwangju Inhwa en Corée. Ici, l’école s’appelle Ja’ae et se passe à Minju, mais l’histoire est la même, et franchement très perturbante. Je vous conseille d’ailleurs de ne pas prendre les triggers warning ci-dessus à la légère, parce que le récit est vraiment très dur. 

Ce livre raconte l’histoire d’Inho, un jeune professeur, père de famille, qui est contraint d’aller travailler dans cette ville de province par nécessité. Il ne trouve pas d’emploi depuis des mois, et quand cette opportunité se présente, il n’a pas d’autres choix que d’accepter. Lui qui est déjà à peine professeur se retrouve professeur principal dans une école spécialisée. Tous ses élèves sont sourds, certains souffrent en plus d’un retard mental, et malgré les quelques leçons de langue des signes qu’il a suivi avant son départ, la situation est difficile pour lui. Elle l’est d’autant plus quand les élèves se confient à lui sur les violences physiques et sexuelles qu’ils subissent au sein de l’école et de l’internat, par les personnes les plus puissantes de l’école. Ce sont également des personnes influentes de la ville, et aider les élèves, c’est jeter la honte sur sa famille, et signer la fin de n’importe quel projet de carrière. 

Ce livre est dur à lire. Pas dans le sens que la lecture est difficile, puisque le livre se dévore finalement assez facilement. Les chapitres sont très courts et nombreux, ce qui permet je trouve d’avoir plus de points de vue pour une même scène, et nous permet de comprendre les personnages importants plus facilement que dans d’autres livres. Non, quand je dis que ce livre est dur à lire, c’est parce que ce qui s’y passe est révoltant, que les descriptions sont parfois insoutenables, et qu’on est obligé par moment de prendre un temps d’arrêt pour se remettre de ce que l’on vient de lire. Certaines scènes et réflexions nous paraissent d’ailleurs improbables, comme la question de l’honneur sur la famille qui est très propre aux pays d’Asie de l’Est. 

La question du traitement des personnes souffrants de handicap en Corée (mais cela s’applique également pour la France) est au coeur de ce livre, avec également les conséquences de ces handicaps d’un point de vue pénal. Si le handicap d’une victime est une circonstance aggravante pour l’agresseur, il peut également être un motif de décrédibilisation de la victime, et ainsi affaiblir son témoignage et son accusation. Ce roman a d’ailleurs provoqué une véritable prise de conscience en Corée du Sud, qui suite à sa publication, a durci les peines, et rallongé le délai de prescription concernant les agressions sexuelles sur mineurs. 

Je vous encourage donc à lire ce livre si les trigger warning vous conviennent. Il m’a donné envie de reprendre mon apprentissage de la langue des signes, et je pense que rien que pour ça, il vaut le coup de se pencher dessus. On a un peu trop tendance à croire tout acquis, et on oublie que pour certains, surtout en ce moment que nous devons tous porter des masques, la vie est bien plus difficile au quotidien. 

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