Londres, avril 1812. Lady Helen Wrexhall s’apprête à faire son entrée dans le monde. Bientôt, elle sera prise dans le tourbillon des bals avec l’espoir de faire un beau mariage. Mais d’étranges faits surviennent qui la plongent soudain dans les ombres de la Régence : une bonne de la maison disparaît, des meurtres sanglants sont commis et Helen fait la connaissance de lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse. Il appartient au Club des mauvais jours, une police secrète chargée de combattre des démons qui ont infiltré toutes les couches de la société. Lady Helen est dotée d’étranges pouvoirs mais acceptera-t-elle de renoncer à une vie faite de privilèges et d’insouciance pour basculer dans un monde terrifiant ?


Un premier tome qui est riche tant par l’univers que nous présente l’auteure, que par l’aspect historique qui constitue un véritable socle pour l’histoire. Alison Goodman nous plonge réellement au coeur d’une ambiance assez mystérieuse mais aussi énigmatique où les apparences sont -parfois- trompeuses.

Une plongée dans l’Angleterre du 19e siècle

Alison Goodman nous introduit dans la bonne société Londonienne du début du 19e siècle. Sous le règne de George III, l’Angleterre vit des temps troublés face à la folie du roi. Dans ce contexte-là, nous suivons plus particulièrement Helen, une jeune aristocrate qui s’apprête à faire son entrée à la cour et à y être présentée. Son introduction auprès de la reine est un moment fort pour la jeune femme qui doit porter le « fardeau » d’être la fille de sa mère, considérée comme une traitre pour la Couronne. Helen doit, ainsi, ne pas décevoir son oncle et sa tante… C’est tout une entreprise ! Les quelques passifs de sa famille semble coller à la peau de Helen et rien ne s’arrange quand un lointain parent, à la réputation plus que douteuse, s’intéresse à la jeune femme : Lord Carlston. Et même si elle ne le devrait pas, Helen ne peut s’empêcher d’être fascinée par cet homme, particulier, certes, mais également charmant. L’univers si riche, si complexe, nous présente les bonnes mœurs également de cette société mais aussi les manières, les coutumes et les traditions qui l’imprègnent : au travers des règles pour s’adresser à une personne, au travers des bals et des danses mais il y a aussi ce petit côté « rumeurs » où les langues peuvent se délier si un jeune homme ramasse le mouchoir d’une jeune femme…

Une zone d’ombre dans cette bonne société

Le point intéressant dans ce récit et l’aspect fantastique qui se mêle à l’aspect historique. Alison Goodman ne se cantonne pas seulement à relater l’entrée dans le monde d’une jeune femme, elle va beaucoup plus loin et introduit une société secrète au vu et au su de tous : Le Club des mauvais jours. Cette société secrète, créée par le Ministère de l’Intérieur, est intimement liée à Helen puisqu’elle en fait partie, irrémédiablement… Elle est une « Vigilante » dont la fonction est de lutter contre les Abuseurs, une sorte de démon se nourrissant de l’énergie humaine pour vivre. Les Abuseurs peuvent prendre le visage d’hommes et de femmes, parfois de notre entourage… Helen, en tant que Vigilante, doit leur faire respecter un pacte et doit protéger les personnes pouvant être victime de ces Abuseurs, puisqu’il en existe plusieurs « catégories ».

La femme : figure au coeur de ce récit

Point à ne pas négliger et qui, pour moi, est le meilleur aspect de cette histoire : la place de la femme dans ce récit. Alison Goodman nous dresse des portraits de femmes, toutes différentes, mais qui se rejoignent d’une façon ou d’une autre. Ce récit marque un contraste saisissant entre Helen et la société dans laquelle elle évolue, qui est nettement patriarcale et où la femme n’a pas vraiment son mot à dire, sauf pour mettre en place de belles réceptions… Alison Goodman fait une certaine critique de cette société dans laquelle la femme est reléguée à une plante verte : « sois belle et tais-toi« . Helen vient en rupture face à ces injonctions ! Par sa nature de Vigilante, elle devient une femme plus sûre d’elle mais qui s’émancipe au fil du récit. Elle refuse les injonctions masculines et souhaite se débrouiller par elle-même. Certes, il y a un triangle amoureux qui se profile mais il ne s’impose pas tout au long du récit et n’accapare pas l’attention complète du lecteur. L’auteure réussit parfaitement à trouver un équilibre entre son univers, ses intrigues, l’émancipation de la figure féminine et la romance.

lilie