Après Une présence dans la nuit, Emily Elgar livre un roman à énigmes addictif, inspiré d’un fait divers, qui explore la complexité des relations mère-fille, l’emprise familiale, la puissance de l’instinct grégaire, tout en analysant le regard que notre société pose sur le handicap. En Angleterre, de nos jours. Meg et Grace Nichols, c’est un peu les pierres angulaires qui cimentent ce petit village de pêcheurs d’Ashford, dans les Cornouailles. Tout le monde aime et aide cette mère célibataire qui a tout sacrifié pour prendre soin, seule, de sa fille Grace, une ado lourdement handicapée et totalement dépendante. Jusqu’à ce matin d’été : Meg est découverte assassinée dans son lit ; de Grace, il ne reste que le fauteuil roulant, abandonné dans le jardin. Qui a pu s’en prendre à cette femme admirable ? Quel monstre aurait pu kidnapper la petite sans même emporter son fauteuil ? Alors que tout accuse Simon, le père de Grace réputé violent et détesté par Meg, Cara, une amie de la jeune fille, enquête aux côtés de Jon, un journaliste local bien décidé à prendre fait et cause pour ce père honni. Mais c’est une vérité très dérangeante qu’ils s’apprêtent à mettre au jour… Une vérité que tout le monde n’est pas prêt à entendre et qui pourrait bien bouleverser les représentations qui ont cimenté la petite communauté d’Ashford. Qui est le bourreau et qui est la victime dans cette affaire ?

:wheelchair: Personnage principal handicapé

TW : sang, comportements abusifs, maladie mentale


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Belfond. Merci à Anaïs pour sa confiance.

La première chose à dire à propos de ce roman concerne sa capacité à happer le lecteur : en effet, c’est un récit très addictif, impossible à lâcher, que nous propose ici Emily Elgar. L’enquête pour retrouver Grace et comprendre ce qui s’est réellement passé nous tient en haleine jusqu’à l’épilogue. La fluidité de la plume de l’auteure n’y est pas étrangère, mais c’est principalement cette histoire si prenante qui l’explique. L’ambiance à huis-clos de ce quartier des Cornouailles frappé par les événements cadre avec les révélations glaçantes et les thématiques fortes de ce roman.

Les points de vue sont intéressants et intelligemment choisis : on suit à la fois un journaliste, Jon, qui connait la famille suite à un premier scandale et la meilleure amie et voisine de Grace, Cara. Ponctuellement, on accède également à l’intérieur du journal intime de la disparue qui nous offre un regard presque omniscient sur l’avancée de l’investigation. Cette narration, bien que je n’aie pas toujours compris les comportements des deux enquêteurs, apporte un triple regard sur la situation nécessaire à la compréhension de tous les enjeux. Le récit, le suspense et les révélations sont bien maîtrisés et la conclusion de l’enquête est cohérente et intéressante d’un point de vue psychologique. Par ailleurs, j’ai trouvé particulièrement bien que les histoires personnelles de Jon et Cara soient exploitées pour faire avancer l’intrigue.

La note de l’auteure nous apporte des précisions concernant le fait qu’il s’agisse d’un roman inspiré de faits réels, et cette déclaration entretient le côté glaçant de l’intrigue. Ce roman nous invite à nous questionner sur différents sujets que j’ai apprécié retrouver dans une œuvre de ce genre : le handicap, la manipulation, la maladie notamment. C’est ce qui en fait, selon moi, un roman percutant que je vous invite vivement à découvrir.

amelie