Des photos de grimoires sur Instagram aux boutiques Etsy en passant par les rassemblements pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. En effet, la figure de la sorcière est fréquemment associée aux féministes en 2020, plus encore qu’aux féministes des années 70. Et elle a une double casquette ; celle de victime (absolue), pour qui on réclame justice, et celle de rebelle (obstinée), absolument insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante — puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant — puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.


Un essai sur les sorcières ou un essai sur la cause des femmes ?

Les deux, en vérité. Car dans cet essai, Mona Chollet explique et explicite la figure de la sorcière, une figure extrêmement persécutée et volontairement violentée depuis toujours. Pourquoi parler des sorcières pour parler des femmes ? Car même s’il existait des hommes pratiquant la sorcellerie, ça a été majoritairement un art féminin, et puisqu’il était féminin, il était haï, et a été exterminé au fil des siècles. Tout est donc lié ; la figure de la sorcière et celle de la femme.

Un essai très accessible

J’avais peur, malgré les nombreux avis élogieux que j’ai pu lire sur ce livre, de la densité de la plume de Mona Chollet. Je craignais que ses propos soient hermétiques et trop difficiles à comprendre, ou que je ne sois pas assez cultivée pour saisir ses propos et les nombreuses références. Je suis tombée des nues ; à aucun moment Mona Chollet n’a une écriture prétentieuse. C’est extrêmement agréable à lire, car on sent la fluidité et la réflexion derrière les propos que tient l’autrice, à travers une plume naturelle et caustique (et j’adore ça). L’ensemble de l’essai est accessible et les quatre chapitres sont découpés de façon logique et pertinente. Il y a des sous-parties qui sont un gros plus pour moi, car elles permettent de fluidifier le texte ainsi que de pouvoir poser le livre et y revenir plus tard sans être perdu.

En plus de se doter d’une écriture très fluide et de propos compréhensibles, les références citées par Mona Chollet sont très accessibles. Si quelques ouvrages ne sont pas traduits en français, la plupart le sont et mieux encore ; nombre d’entre eux vous diront quelque chose. Et si non, pas de problème ; l’autrice explique toujours les concepts qu’elle évoque et le contexte des propos qu’elle a. Vous ne vous sentirez pas largué en le lisant, c’est une promesse. Au contraire, j’ai noté énormément de références (films, livres et documentaires) pour pouvoir m’intéresser d’encore plus près au féminisme.

J’ai appris énormément de choses tout au long de l’essai, certaines choses m’ayant indignée et d’autres m’ayant remplie d’espoir. On a un certain aperçu de l’expérience et la vie de Mona Chollet à travers cet essai également, chose que j’ai trouvé très pertinente, car si c’est une intellectuelle, je me suis beaucoup reconnue en elle sur certains points ; elle semble très accessible (bien que je me doute qu’elle ne le soit pas tant que ça) et d’une franchise détonnante.

En conclusion, j’ai adoré cet ouvrage, que j’ai trouvé bien référencé et qui comporte beaucoup d’informations pertinentes et importantes pour se renseigner sur le féminisme. Je dirais que c’est une lecture très importante, voire nécessaire, pour en apprendre plus sur la condition des femmes à toutes les époques (que ce soit dans le passé ou encore aujourd’hui). Je recommande à 100%.

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