Marine a fui sa Californie natale sans se retourner après le décès de son grand-père. Murée dans son deuil, elle tente de taire son passé et ses démons pour prendre un nouveau départ. Mabel, sa meilleure amie, essaie de la retrouver…

🏳️‍🌈 Personnages LGBTQ+


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec Hugo New Way. Merci à Marion pour sa confiance.

Seule sur un campus à New-York, à des milliers de kilomètres de chez elle, Marine s’apprête à affronter les tempêtes de neige et les fêtes de Noël seule. Dans un abysse de solitude, la jeune femme se laisse porter par sa mélancolie et l’isolement le plus total, qu’elle choisit autant qu’elle subit. Quand son « Grandpa » a disparu, il a emporté avec lui la torpeur du soleil californien, la mélodie de l’océan, mais aussi le peu de joie de vivre qui habitait Marine. Orpheline, il était sa seule famille et tous deux cohabitaient avec les fantômes des êtres disparus. Mabel, bien plus que sa meilleure amie, a traversé les Etats-Unis pour la retrouver et comprendre son départ silencieux. La Marine qui apparait en face d’elle, n’est plus que l’ombre de celle qui l’a étreint sur la plage l’été dernier…

Tout va bien est un diamant brut qui a pour seul objectif de mettre en évidence la complexité des sentiments humains. Il faut travailler, fouiller, tailler la surface sombre pour en dévoiler toute la beauté. L’amour n’est jamais simple ni synonyme d’un long fleuve tranquille. Le deuil porte bien des costumes dont les couleurs varient selon les protagonistes. La définition même de la famille diffère d’un personnage à un autre. Marine croyait dur comme fer que sa relation avec son grand-père correspondait à un certain mode de vie affectif qu’ils avaient instauré. Mais lorsque les secrets remontent à la surface, elle remet tout en cause et prend la poudre d’escampette. Alors qu’elle pense tout laisser derrière elle, elle ne fait qu’un pas en avant vers le précipice qui la hante.

Si l’écriture est fluide, le début est très légèrement brouillon et met quelques chapitres à s’installer. Ici, peu de mise en contexte : le lecteur est simplement propulsé dans une situation et dans des bonds en arrière de quelques mois. Le but de cette lecture croisée est de comprendre le moment exact où la vie de Marine a basculé. Cependant, le tableau est morose : la jeune femme apparaît constamment mélancolique, même dans les moments de joie, parfois en retrait. Seule Mabel incarne la douceur et l’allégresse de sa vie. Face à l’océan, Marine est en proie au vague à l’âme.

On lui rappelle constamment le décès de sa mère dont elle n’a quasiment aucun souvenir, et l’absence de ce père qu’elle n’a pas connu. Malgré la bienveillance de Grandpa, de Mabel et de ses parents, la solitude de Marine est sans égal. Chaque page retranscrit ce sentiment avec une incroyable profondeur. Je pense que c’était là tout le but de l’auteure : mettre le lecteur à la place de Marine, compatir au mélange d’émotions liées au deuil, mais également réaliser que nous ne sommes jamais complètement seuls. Les personnes rayonnantes d’amour sont souvent sous nos yeux, même si dans les moments les plus sombres, leur lumière peine à nous atteindre.

cinq
elodie