Au Japon, porter plainte pour viol est synonyme pour les femmes de véritable suicide social. Une femme a pourtant pris le risque de parler à visage découvert. En 2015, Ito Shiori a 26 ans, elle est journaliste. Un soir, elle rejoint N. Yamaguchi – directeur dans une grande chaîne de télévision et proche du Premier ministre – au restaurant pour parler affaires. Quelques heures plus tard, elle reprend conscience dans une chambre d’hôtel, en train de se faire violer. Confrontée à la mauvaise volonté des pouvoirs publics et au silence des médias, Shiori mènera seule l’enquête sur sa propre affaire. A ce jour, elle n’a toujours pas obtenu justice. Le livre que vous avez entre les mains est son histoire, sa voix, et surtout son combat pour faire changer le regard que porte la société japonaise sur les victimes d’agressions sexuelles.

TW : viol, victime blaming


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Picquier. Merci à eux pour leur confiance.

La boite noire est le résultat de l’enquête de la journaliste japonaise Ito Shiori sur son propre viol. C’est donc un livre témoignage dont le sujet est particulièrement lourd et important. Cette affaire est celle qui a lancé le mouvement Me Too au Japon, et il me semble qu’elle s’est terminée en 2019 par des dommages et intérêts, sans condamnation réelle pour son agresseur. Le livre va cependant jusqu’à 2017, mais dépeint les embûches que les jeunes femmes rencontrent dès lors qu’elles veulent porter plainte au Japon.

Shiori nous raconte son histoire de façon très libre et franche, essayant d’être la plus honnête possible sur ses pensées, ses paroles, ses réactions, et c’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. Elle nous montre des situations qui lui ont demandé beaucoup de courage et qui pour un regard occidental sont plutôt inattendues. Quelque chose est malheureusement peu surprenant : la réaction des forces de police. Ce n’est un secret pour personne : les plaintes pour agression sexuelle aboutissent rarement à des condamnations, même quand l’agresseur est identifié et identifiable (via des preuves ADN par exemple), et encore plus lorsque cette personne est une figure publique. Le Japon n’est pas une exception, il suffit de voir la France pour s’en rendre compte. Le traitement des victimes par les forces de police, décrit dans ce livre, ne m’a pas non plus choqué par rapport à ce que l’on peut trouver ici, et nous montre bien que le problème n’est pas inhérent à un seul pays. 

Ce livre était très intéressant à lire, nous plongeant dans les méandres de la justice japonaise et du tabou qui entoure les violences sexuelles. Dans un pays où la réputation d’une personne est quelque chose de primordial, il a fallu beaucoup de courage à Ito Shiori pour raconter son histoire, mais encore plus pour aller au bout de ses démarches. Elle était seule ou presque face à une personne influente et respectée, elle qui était encore inconnue du milieu du journalisme nippon. Son récit est clair, fluide, et sans tabou. Elle ne nous épargne rien, et je ne peux qu’admirer son travail. 

Pour finir, un petit mot sur ma notation. Le terme “coup de cœur » y est associé, parce que d’après les critères de ce média, cette lecture est un coup de cœur. C’est une lecture qui pour moi vaut plus que 5 étoiles, qui m’a profondément touchée et marquée, et qui me restera en tête un très long moment. Je ne qualifierais donc pas ce livre de coup de cœur, mais faute d’autres mots, il ira dans cette catégorie !

philippine